Interview février 2002
Drummer: Dans le groupe, vous portez tous des numéros. Pourquoi est-ce toi qui as le #1? Joey Jordison (Slipknot #1): Je porte le numéro un car je suis le premier à monter sur scène en concert, le premier à enregistrer en studio, je dirige les autres, je maintiens le rythme, je suis la colle qui garde le groupe soudé, etc. Voilà pourquoi je porte ce numéro, ça me colle plutôt bien à la peau.
DR: Mais vous êtes neuf, et vous êtes numérotés de zéro à huit�
JJ: Sid, notre DJ, est le dernier à être arrivé au sein du groupe, mais il ne voulais pas être le numéro neuf. Il s�est toujours senti comme un zéro, un nul, dans sa vie, alors c�était tout simplement, tout naturellement le zéro qui lui convenait (rires).
DR: Tu tiens les baguettes du groupe aujourd�hui, mais comment en es-tu arrivé là?
JJ: Je viens d�une famille très mélomane, et lorsque j�étais petit on ne m�envoyait pas regarder la télévision, mais plutôt devant une chaîne stéréo pour écouter des disques. Je baigne dans la musique depuis mon enfance en fait. Mon grand-père avait des tas d�instruments de musique chez lui, et un jour j�ai commencé à jouer de la guitare à l�âge de cinq ans. J�ai de ce fait toujours été très intéressé par la musique, le rock�n�roll, comme les Rolling Stones, AC/DC, Led Zeppelin, ces groupes que mes parents écoutaient. Plus tard j�ai monté mon premier groupe, mais notre batteur était très mauvais, alors j�ai décidé de prendre sa place et de me mettre à la batterie. Je joue toujours de la guitare aujourd�hui, mais la batterie est réellement devenue mon grand amour.
DR: Au début, quel genre d�apprentissage as-tu suivi?
JJ: Aucun, je suis autodidacte. J�entends de la musique dans ma tête, c�est ainsi que je veux la jouer, et pas autrement. Je veux jouer de la batterie à ma façon, comme personne d�autre, c�est pour ça que j�ai fini par jouer de cette manière, très durement.
DR: Peux-tu nous citer tes plus grosses influences?
JJ: Je me rappelle qu�un jour mon père avait ramené l�album « Tatoo You » des Rolling Stones, et ça m�a énormément influencé. Ensuite le tout premier album que je me suis acheté était «Alive» de Kiss, et ça m�a vraiment scotché, j�étais à fond dans ce qu�ils faisaient : leur musique, leur aspect visuel, leur heavy metal; et Peter Criss y faisait des solos de batterie sur lesquels je me suis entraîné des milliers et des milliers de fois, je ne m�en lassait pas. Par la suite j�ai écouté diverses choses, comme Primus, j�adorais leur batteur (Tim Alexander) les Celtic Frost, Dave Weckl, Slayer� Dave Lombardo m�a beaucoup influencé également. J�ai d�ailleurs lu récemment qu�il disait être très impressionné par ma façon de jouer, c�est un bel honneur pour moi, et je dois dire que sans lui, je ne pense pas que je jouerais ainsi.
DR: Aujourd�hui, quels sont les batteurs que tu préfères?
JJ: Je dois dire Peter Criss pour son influence Hellhammer de Mayhem, Trym d�Emperor, beaucoup de black metal en fait, j�en écoute énormément, et je me sens proche de ces batteurs. Mais aussi Stewart Copeland, John Bonham, et Keith Moon, il est assez fou, et j�aime beaucoup ça !
DR: Tu sembles très ouvert musicalement, tu cites beaucoup de groupes et de styles musicaux très différents les uns des autres�JJ: Oui, je n�aime pas me cantonner à un seul style ou un groupe en particulier. Je pense que plus tu écoutes de choses différentes, plus ça enrichit ton propre jeu par la suite, c�est ce qu�il y a de mieux.
DR: Tu berces dans le rock depuis tout jeune, mais imagines-tu qu�un jour tu puisses te diriger vers un style complètement opposé, comme le jazz, la soul, le funk?JJ: Oh oui, complètement ! Mon beau-père a big band ici, un orchestre assez populaire, et souvent je me joins à eux pour jouer de la batterie. C�est génial, ça me permet de garder les pieds sur terre, car je ne vois pas l�intérêt de jouer sans cesse la même chose, sans jamais changer, je trouve ça vraiment dommage, il faut savoir se diversifier.
DR: Penses-tu que cela puisse marcher dans Slipknot?
JJ: De jouer du jazz (rires)?
DR: Oui ! Ou plutôt amener une touche personnelle, différente du reste�JJ: Tout à fait, c�est d�ailleurs ce que l�on fait dès qu�on écrit une nouvelle chanson. On ne veut pas se répéter, et justement changer un peu de direction, apporter le petit plus qui fera toute la différence, c�est ce que l�on essaie de faire le plus possible. Chaque membre du groupe est très différent, très ouvert, on écoute tous des choses très différentes, et c�est ça qui fait notre force.
DR: Slipknot, ses débuts, son histoire� Peux-tu nous raconter?JJ: Shawn et Paul sont les fondateurs du groupe. Shawn était à la batterie au départ, mais Paul et moi avions déjà parlé d�un projet ensemble, car à l�époque nos groupes respectifs, ainsi que ceux de Shawn et Corey, était entrain de splitter. Je suis donc allé les voir jouer, et j�ai été très impressionné par leur musique. A ce moment-là Shawn voulait se mettre aux percussions, il souhaitait que je les rejoigne, et on a fait un essai, très concluant. Le groupe a alors véritablement commencé en septembre 1995, six ans déjà, et je n�arrive pas à croire que ça fait déjà si longtemps.
DR: Pourquoi avoir choisi ce nom, Slipknot (en français «n�ud coulant»)?JJ: A la base c�était le titre d�une de nos chansons, celle qui ouvrait nos concerts. Nous cherchions alors un nom pour le groupe, et ce morceau était le plus lourd, le plus fort que nous avions, et selon nous ça représentait parfaitement l�esprit du groupe ; nous avons donc décidé de prendre ce nom. La chanson Slipknot est devenue Sic par la suite.
DR: Après avoir joué dans différents groupes, penses-tu avoir trouvé l�équilibre parfait avec Slipknot?JJ: Oui, vraiment, c�est le meilleur groupe dans lequel je pourrais être ! Celui avec le plus de challenge, le plus de récompense, c�est aussi le plus dur à jouer, le plus physique. Tout ce que j�ai toujours cherché dans un groupe, je l�ai aujourd�hui avec Slipknot.
DR: Tu dis que c�est très physique d�être dans Slipknot, et justement comment fais-tu pour tenir tout un concert avec le jeu que tu as?JJ: En fait je suis complètement crevé dès la moitié du concert (rires). Mais ça ne me dérange pas car j�aime la musique, je me donne entièrement pour le public, pour les gars du groupe, pour ma musique! En fait c�est quelque chose à laquelle tu t�habitues, sans problèmes. L�épuisement ne m�arrêtera pas et tout au long d�un show, tu peux en être sûr, je me donnerai à fond sans me soucier du reste !
DR: Tu te permets des petits écarts sur scène?
JJ: Oui, des fois j�improvise pas mal , les autres aussi, et on fait quelque chose de complètement différent, on s�amuse vraiment. Parfois c�est le public qui me donne envie de jouer différemment, il me donne son énergie, me motive, et je le fais pour lui.
DR: Votre dernier album s�intitule fièrement «IOWA». Bien que ce soit le nom de votre état, y�a-t-il une autre signification derrière ce titre ?JJ: Pour nous c�est très important de venir de Des Moines, en Iowa. Ca veut dire beaucoup. Ici c�est très dur de croire en quelque chose, tu ne reçois aucune aide de quiconque, c�est très frustrant. Pourtant on a essayé, on a beaucoup travaillé et on y est arrivé, on en est très fier. On se rend compte de cela avec les tournées, la découverte du monde extérieur, et on se dit que le groupe ne serait pas ce qu�il est si on était venu d�ailleurs, c�est évident. On a hésité entre «Des Moines» et «IOWA», ou les deux, et on a finalement choisi «IOWA», tout simplement. Pour nous, ça veut tout dire. C�est facile et représentatif, ça explique pourquoi notre groupe est ainsi.
DR: Comment se passe un enregistrement chez Slipknot?JJ: Nous travaillons tous ensemble, jouons les titres live, mais il n�y a que moi qui m�enregistre au départ, je pose des bases pour les autres. On se réunit, avec le producteur, et il demande à Corey de nous expliquer les chansons, pour qu�on soit vraiment tous dans le même état d�esprit. En studio nous jouons d�abord trois fois les morceaux, très fort, très bruyamment, comme lorsque nous sommes sur scène, et nous ne nous appliquons pas spécialement pour l�occasion. C�est ce qui nous différencie des autres groupes: notre façon d�enregistrer n�est pas conventionnelle.
DR: En tant qu�ancien guitariste�JJ: (Me coupant la parole) J�en joue toujours, dans mon autre groupe je suis le guitariste! (rires)
DR: Tu as toujours un autre groupe?JJ: Oui, quand je trouve le temps, je suis heureux de faire cela, ça change, ça fait du bien. Je t�en parlerai plus tard� (rires)
DR: Je te demandais donc si avec ta formation de guitariste tu aimais prendre part à la composition des morceaux?JJ: Oui, complètement ! Souvent ce sont les guitaristes qui nous font écouter un riff, et chacun ajoute ses parties. Certaines fois je propose des riffs de guitare moi-même. Paul et moi composons pas mal ensemble, dans ce cas je reste à ma batterie, et on fait écouter nos trouvailles aux autres, les percussionnistes me suivent, et ça démarre ainsi. Le sampler et le DJ n�arrivent qu�après, ils posent leurs parties sur notre musique, puis Corey écrit finalement des paroles.
DR: J�ai entendu dire que tu avais collaboré avec Marilyn Manson sur son dernier album�JJ: Oui, je lui ai d�ailleurs parlé au téléphone hier soir, et on va encore travailler ensemble sur une autre chanson. C�est un très bon ami, on s�entend très bien, et il m�a proposé de faire un remix de Fight song (titre sur «Hollywood», dernier album de Marilyn Manson). Il m�a laissé totale liberté pour faire ce que je voulais. J�ai donc simplement laissé sortir les idées qui me trottaient dans la tête, c�est à dire beaucoup de batterie mécanique, de trip-hop, de jungle, j�y ai ajouté pas mal de double pédale. J�ai fait un mélange de tout ça et il était ravi du résultat. Du coup nous allons collaborer encore ensemble, et je suis content, j�aime beaucoup ce qu�il fait, il est très créatif.
DR: Pour finir, si tu veux bien, raconte-nous l�histoire de ton masque?
JJ: Ma mère avait ce masque depuis très longtemps, et un jour elle m�a traumatisé avec (rires! Je rentrais un peu tard de l�école et elle m�attendait à la maison, avec le masque sur son visage, et ça m�a vraiment effrayé, je ne m�y attendais pas du tout, et ça m�a marqué je crois. Alors lorsqu�on a décidé de porter des masques au sein du groupe, j�ai immédiatement pensé à celui-là, parce-qu�il n�a aucune expression et que ça peut être beau, affreux, l�amour, la haine, tout un tas de choses à la fois. Je possède beaucoup de masques identiques aujourd�hui, et je les peint différemment, selon mes humeurs, je les personnalise à ma manière. Nos masques nous représente sur scène, face à notre public, et ils reflètent quelque part nos personnalités (sourire satisfait).